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Le dérèglement du monde d’Amin Maalouf


le déreglement du mondeAuteurs : Amin Maalouf

Titre :Le dérèglement du monde

Edition : Le livre de poche (11/2010)

Quatrième de couverture: En ces premières années du XXIe siècle, le monde présente de nombreux signes de dérèglement. Dérèglement intellectuel, caractérisé par un déchainement des affirmations identitaires. Dérèglement économique et financier. Dérèglement climatique, enfin… l’humanité aurait-elle atteint son « seuil d’incompétence morale »? Pour Amin Maalouf, le dérèglement du monde tient moins à une « guerre des civilisations » qu’à l’épuisement simultané des civilisations, notamment des deux ensembles culturels dont il se réclame, l’occident et le monde arabe. Le premier, peu fidèle à ses propres valeurs; le second, enfermé dans une impasse historique.

Je ne cesserai de le dire et de le penser, à chaque lecture de cet auteur sur-cultivé, Amin Maalouf est un grand. Nous ne sommes pas dans un roman historique comme Léon l’africain, Samarcande, ou encore Le Périple de Balthazar, ni dans ce type de roman d’anticipation très réaliste comme au Premier siècle après Béatrice, encore moins dans cette saga familiale, autobiographique qu’est Origines. Non, nous ne sommes pas du tout dans un roman.

maalouf_aminCe livre, un peu dans une continuité logique avec son précédent essai, Les identités meurtrières, dissèque, lorgne, analyse finement les soubresauts, que dis-je, les secousses telluriques qui agitent notre début de siècle.

En effet, toutes ces guerres qui nous entourent, les attentats, les prises d’otages, Daesh et Al Qaida, ainsi que ces guerres qui minent jusqu’à l’Europe, entre l’Ukraine et la Russie, ou plutôt entre la Russie et le monde dit occidentale, est-ce un phénomène comme a toujours vécu l’homme depuis la préhistoire, ou est-ce des phénomènes annonciateurs d’apocalypses? Nos ainés du début du XXe siècles, ce sont-ils posés les mêmes questions, à l’aube de la grande guerre, et la seconde guerre mondiale qui la suivit quelques années plus tard? Et tous ces changements climatiques, et les crises financières? le conflits qui évolue en sourdine entre l’Iran et Israël? tous cela ensemble est-ce normal et est ce que la mondialisation  et l’internet, la rapidité de circulations des personne et de l’information nous donnent l’impression que le danger est à nos portes? ou est-ce la fin du monde?

Amin Maalouf, chargé d’optimisme, mais aussi de réalisme, tente à travers une analyse fine et passionnante d’énumérer les dangers qui nous guettent, et les différentes options qui nous attendent, selon nos réaction actuelles et futurs! Allons nous laisser un héritage à nos enfants, ou allons nous leur laisser un monde apocalyptique et invivable?

Lisez Amin Maalouf et son dérèglement, vous verrez ces opinions visionnaires, et vous en aurez les vôtres. Ce livre nous aide, sans aucun doute, à nous placer dans le concert des nations, quelque part dans le monde.

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Je suis noir et je n’aime pas le manioc de Gaston Kelman


Je suis noir et je n’aime pas le manioc de Gaston Kelman.

Max Milo éditions, 2003.

Ce livre est vraiment The book à lire. Divisé en plusieurs chapitres abordant chacun une problématique touchant les noirs. Préjugés, les erreurs décisionnelles concernant certains efforts employés pour leur intégration, Gaston Kelman qui se réclame bourguignon avant tout, apporte dans cet essai, une analyse extrêmement pertinente dans ce domaine. Mais, il s’agit avant tout d’un témoignage.

Kelman en veut –on le sent un peu- à beaucoup de gens. Mais ce qui est bien, c’est qu’il en veut seulement à des personnes actuelles. La Traite est une histoire qui fait désormais parti du passé. Cela ne veut pas dire qu’il faut l’oublier, non ! Mais, il suggère pour toutes les personnes de toutes les « races », blancs et noirs, de ne plus en être complexé. Du moins, c’est ce que j’ai ressenti.

Kelman, qui se dit donc Bourguignon, et non pas alsacien ou juif comme le pensent certain en lisant son nom, se veut dans cet essai, analyste dans les défauts d’intégration du noir dans la société française. Il met en exergue certaines erreurs décisionnelles concernant ce domaine, qui considère selon lui à tort ce problème comme social pur, alors que c’est un problème manifestement racial. Et de cette erreur de diagnostic découle un traitement ou des dispositions inappropriées.

L’image que donnent les télévisions française des pays africains ne contribue guère à l’amélioration de la chose, étant complètement fausse : « À propos d’images télévisées, j’en profite pour dire que j’ai toujours été étonné de voir que, même quand on parle d’un coup d’état à Abidjan, ville africaine assez moderne, les reportages de la télévision française ne montrent pas les palais présidentiels où se jouent les drames. Ils filment les quartiers pauvres, les marchés folkloriques et une foule exotique en diable. C’est comme si le jour de la mort du général de Gaulle ou du président Mitterrand, on avait présenté à la télévision ivoirienne, pour illustrer la France, le marché de Château-Rouge avec ses dealers, ses produits tropicaux avec et sa crasse ; le métro Barbès avec ses vendeurs à la sauvette ; ou une sortie de classes basanée et crépue aux Minguettes ; ou un innommable bidonville harki ; ou la sieste estivale des vieux Maghrébins du foyer Sonacotra des Tarterêts, assoupis sous les arbres environnants » Page 76.

L’auteur a truffé son témoignage de blagues, d’anecdotes personnellement vécues, ou vécues par d’autres personnes, de son entourage par exemple. Portant surtout sur des clichés du noir, il les égraine tout au long du livre, le ton oscillant entre un humour presque tendre et une indignation sèche et dure. Dans la page 120, il commence le chapitre intitulé Je suis noir et j’en ai une petite ainsi : « Dans un cours de médecine, le professeur demande à une étudiante :

–          Qu’est-ce qui chez l’homme, augmente sept fois de volume quand on l’excite ?

La jeune fille est rouge de confusion, et ne réussit pas à s’exprimer. Le professeur se  rend compte de son trouble.

–          Eh bien, mademoiselle, reprend-il, c’est l’iris de l’œil. Et pour ceux à quoi vous pensez, permettez-moi de vous mettre en garde. Vous risquez d’aller devant de grosses désillusions.

C’est pareil pour les noirs. Si l’on demande à une classe d’élèves infirmières blanches : « qu’est-ce qui est long et dur chez les noirs –notamment les camerounais- à Paris ? », nous savons que très peu répondront que ce sont les études. Pourtant, c’est réponse la plus juste. Et pour ce à quoi elles penseront, celles qui tenteront l’expérience pourraient être déçues. Ils ne font croire tout ce que l’on entend. »

Quelque chose qui m’a marqué aussi et soulevé ici, c’est le complexe qu’on certains, de désigner le noir, en face de lui, ou par lui-même, craignant froisser ou se froisser, ou utiliser un adjectif péjoratif.  Il en dit ceci page 104 : « Les hommes de la race dite noire sont des négroïdes. Leur véritable appellation devrait donc être nègre. Dans tous les cas, c’est l’appellation originelle. Cette appellation a été utilisé pendant des siècles jusqu’au lendemain de la Traite. Mais  après la traite, véritable crime et génocide contre l’Afrique noire, le mot Nègre est devenu péjoratif. Ainsi, désigner quelqu’un de Nègre était assimilé à une insulte. Nègre signifiait désormais esclave. Son usage est resté confiné aux milieux foncièrement racistes et aux cercles artistiques et littéraires. » Et ajoute plus loin : « un jour, on n’aura plus le droit d’appeler un chat, un chat » Page 164

Amusant, instructif, ce livre devrait être un classique de la sociologie de l’intégration. C’est un classique.