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Dieu, Allah, moi et autres de Salim Bachi


Auteur: Salim Bachi

Titre : Dieu, Allah, moi et les autres

Édition : Éditions Gallimard  (mars 2017, 192 pages)

Quatrième de couverture : » Comme tous les gamins d’Algérie, je vivais dans la crainte de ne pas être assez bon pour échapper au châtiment du Grand Méchant Allah. À l’école non plus, je n’échappais pas à la question. En classe, nous apprenions l’arabe en récitant le Coran. Pour lire le Coran, il fallait connaître l’arabe et pour connaître l’arabe, le Coran… un cercle arabo-islamo-vicieux. Je n’y entendais bientôt plus rien, ni à l’arabe ni au Coran… alors je recevais des coups de règle sur les doigts parce que je m’étais trompé pendant ma récitation de la sourate qui nous promettait l’enfer, elles nous le promettaient toutes. Je ne sais combien de fois reviennent les mots Djahanem et châtiment dans le Coran, mais c’est impressionnant. Tout le Livre tourne autour de ces deux mots : enfer et damnation.»  Ainsi débute le récit d’une libération, celle de l’auteur. Celui-ci finira par rejeter la religion de ses ancêtres, l’islam, se détachera de la nation où il est né et refusera tous les endoctrinements pour trouver refuge dans les livres et la littérature.  « 

J’avais dès le début apprécié Salim Bachi, me suis senti proche de sa pensée, même si je ne le connais que trop peu à mon goût.  Dans ce récit, Salim Bachi se dévoile, lui qui d’habitude est très discret dans le paysage littéraire, lève le voile sur une grande partie de sa vie personnelle, sentimentale, sans fausse pudeur, ainsi que ses goûts et ses influences littéraires.

Il évoque un sujet auquel je suis très sensible, un sujet de santé qu’est la drépanocytose. C’est ce que nous appelons une hémoglobinopathie, soit un défaut génétique dans la fabrication de l’hémoglobine, se transmettant sur le mode récessif. Il en résulte une anémie, et bien d’autre complications cardiovasculaires, douleurs, immunodépression …

Dans le département que j’habite en Algérie, et dont une partie de la famille de l’auteur est originaire (je ne dévoile rien, c’est lui qui le dit), il y a la prévalence la plus importante de cette maladie congénitale dans l’Afrique du nord. Peut être même la plus élevée au monde. Une étude locale parle de 480 cas par 100 000 habitant, soit plusieurs dizaine de fois la moyenne nationale et régionale. Seuls 30% des cas sont dû à des mariages consanguins, tellement le nombre de familles porteuses de cette anomalie génétique est important.

Je suis très sensible à la souffrance de ces patients, dans mon activité professionnelle de médecin je la constate, la côtoie. Elle nécessite des moyens importants, et touche souvent des familles économiquement limitées. Les solutions apportées par les autorités de santé sont presque anecdotiques. La culture des médecins dans la prise en charge de ces malades est insuffisante, ainsi que les moyens disponibles.

Adolescent, une amie en est morte à l’âge de 14 ans. Je la trouvais tellement belle, et elle était tellement joyeuse!

Mais Salim Bachi ne parle pas que de cela. Il apporte auss une critique assassine mais juste (selon moi) du système de l’éducation nationale de l’Algérie. La période de Boumédiene, l’arabisation tous azimut qui a été prônée depuis ces temps là, l’effondrement du niveau des professeurs et des élèves, l’intrication du religieux d’une manière barbare chez les tous petits, a fait des dégâts irrémédiables dans la société algérienne.  C’est ce système éducatif qui a enfanté la génération de la décennie noire, et le tir est loin d’être corrigé. L’Algérie se targue de produire massivement des diplômes qui en majorité n’ont pas le niveau. Ceux qui ont un bagage correcte finissent en majorité par quitter le pays. Le constat est d’un pessimisme effrayant.

Un célèbre critique littéraire français que j’imagine toujours avec un Masque sur le  visage et une plume dans le fondement, avait conclu que l’auteur n’aimait pas son pays. Vraisemblablement l’auteur connait plutôt bien l’Algérie et le décrit sans faux chauvinisme, contrairement à Arnaud Viviant.

J’ai lu avec passion ce livre, j’aime beaucoup ce genre de livre, qui je pense finalement intéressera beaucoup les lecteurs de Bachi, peut être pas trop les autres. Il me fait penser à Paris est une fête d’Ernest Hemingway que j’ai découvert dans un blog de Salim Bachi, qui hélas (le blog) n’existe plus.

Petit bémol, la petite bande rouge de l’éditeur qui écrit Une Leçon d’Athéisme, ce que je pense n’est pas ce livre, et qui n’est en faite une tentative ratée de bon mot de la part de l’éditeur.

Chanson douce de Leila Slimani


Auteur : Leila Slimani

Titre : Chanson douce

Edition : Folio N° 6492

Quatrième de couverture: Louise ? Quelle chance vous avez d’être tombés sur elle. Elle a été comme une seconde mère pour mes garçons. Ça a été un vrai crève-cœur quand nous avons dû nous en séparer. Pour tout vous dire, à l’époque, j’ai même songé à faire un troisième enfant pour pouvoir la garder.» Lorsque Myriam décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise et sont conquis par son aisance avec Mila et Adam, et par le soin bientôt indispensable qu’elle apporte à leur foyer, laissant progressivement s’installer le piège de la dépendance mutuelle.

Ce n’était probablement pas le livre de l’année, et beaucoup dans mon entourage m’ont dit cela, cependant, il est loin d’être un mauvais livre. Chanson douce, comme le roman précédent de cette écrivaine franco-marocaine, dans le jardin de l’ogre, est un livre dérangeant. Il est question d’enfants, de bébés qui évoluent dans un environnement chaleureux, dans une famille aimante, mais beaucoup trop urbaine, où les valeurs traditionnelles familiales n’existent plus, ou presque (et je ne leur fait aucun procès, simple constat).

Il est vrai, la vie en occident, et grâce à la mondialisation,  partout dans le monde, dans les mégalopoles, souffre d’un rythme trop rapide. on retrouve certaines choses inimaginable il y a quelques décennies, comme l’industrialisation de ce « petit » métier de nounou, grâce à une main d’œuvre pas trop chère, souvent en Europe issue de population souvent pauvre, ou classe moyenne inférieure, et en Europe, souvent issue de l’immigration.

Dans ce domaine, (les personnages parents de deux enfants) de ce roman tombent sur une perle rare. Louise est une française de souche, d’un âge respectable, toujours propre sur elle, et donnant toujours, invariablement plus que ce que l’on attend d’elle.

La première phrase du roman annonce le décès du bébé, suivi de celui de sa sœur ainée. Il n’y a donc pas de suspens, mais il existe, tout  au long du roman, et cela grâce au talent de l’écrivaine, une tension accablante au début, qui redescend pour augmenter au fil de l’avancement de l’histoire. Il n’y a donc pas, ou peu de surprises, mais comme un tableau qu’on dessine, l’auteur trace d’abord le sujet principal, puis elle peaufine son œuvre au fur et à mesure que les pages tournent, par petites touches, pour atteindre son objectif, en soulignant en insistant sur la psychologie du personnage principal, qu’est la nounou.

Roman donc intéressant, divertissant et bien glaçant, surtout pour un futur papa comme moi. A lire. de toute façon, il n’a pas besoin que je lui fasse de la publicité. Il a reçu le prix Goncourt de l’année 2016.

Khalil de Yasmina Khadra


Auteur : Yasmina Khadra

Titre : Khalil

Edition : Julliard éditions / Casbah éditions pour l’édition algérienne

Quatrième de couverture: Vendredi 13 novembre 2015. L’air est encore doux pour un soir d’automne. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d’explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l’acte. Il fait partie du commando qui s’apprête à ensanglanter la capitale.
Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ?
Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d’un réalisme et d’une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l’esprit d’un kamikaze qu’il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l’insoutenable brutalité de la folie.


Comme le Beaujolais nouveau, chaque année ou presque, Yasmina Khadra nous livre sa cuvée. Comme chaque année, je vais répéter que je ne retrouve plus le Yasmina Khadra des premiers jours, des jours difficiles, ceux des premières années d’exile, et surtout de la grande inspiration. J’ai l’impression que quelque chose a cassé depuis Ce que le jour doit à la nuit.

Mais cette année, sans égaler les succès que je préfère de Khadra, le roman de cette année, Khalil,  renouant avec un thème qu’il maitrise bien, ayant été lui même un acteur de la lutte antiterroriste, le résultat est pour moi positif. Bien sûr le style est toujours aussi grandiloquent et un peu ronflant, mais moins que d’habitude, mais surtout la psychologie du personnage principal est bien construite. Le roman est l’histoire de ce Khalil, Belge d’origine marocaine, islamisé de dernière minute, qui s’apprête en compagnie de comparses à se faire exploser au stade de France, un certain jour funeste de novembre.

L’auteur traite avec acuité, les idées de son personnage principal et leurs cheminement, bien que tortueux, bien que reniant toute logique humaine et reniant tout ce qui est humain, donne une explication. Manuel Valls a dit quelques jours après les attentats de novembre, j’imagine juste pour faire un mot, expliquer c’est excuser. Premier ministre à cette époque, et voulant se montrer le plus de droitepossible, le plus intransigeant, le plus dur dans sa réponse aux terroristes. Finalement il m’a paru d’une bêtise sans fond, ne fixant grâce à ses œillères de baudet, que ses objectifs électoralistes, cherchant la punch-line, le bon mot, mais finalement se couvrant de ridicule. Il faut toujours expliquer bougre d’âne. Comment agir? comment penser une réaction?? Comment un médecin peut traiter un mal sans établir de diagnostic.

Je conseille donc la lecture de ce livre, à Manuel Valls, mais aussi au large public, que ce soit en Europe que du côté de chez nous en Afrique du nord, plus pour les idées qu’il véhicule et qu’il défend, que pour sa qualité littéraire qui n’est pas extraordinaire, mais qui n’est pas médiocre non plus.

Pupille de Riadh Hadir


Auteur : RIADH HADIRpupille.jpg

Titre : Pupille

Edition : ANEP éditions (215pages) Année 2017

Quatrième de couverture : « La foie est l’ardent carburant de notre espèce. La foi divine, idéelle, scientifique, matérialiste, amoureuse ou amicale guide l’humain sur le chemin de la conquête. Comme tout carburant, la foi est instable lorsqu’elle est maniée sans discernement. Le dévot devient extrémiste, l’ami ennemi et le savant guerrier. Il est raisonnable de supposer  que toute mutation historico-sociale, indépendamment de ses conséquences souvent désastreuses, est le fruit d’un délai fort et intense porté par une foi inébranlable. « Pupille », à travers les différentes facettes de ses fois brisées, mauvaises ou dévoyées. Une fois saine, fraîche et intacte peut-elle mener vers un salut que l’on croit perdu ? »

Ce livre commence à faire son petit bonhomme de chemin, malgré un sérieux handicap au départ, son éditeur. L’ANEP, (acronyme de Agence Nationale de l’Edition et de la Publicité), est un organisme étatique, qui a la réputation d’être utilisé par les pouvoirs publiques, pour ce qui est de son volet publicité à arroser les journaux progouvernementaux, et à essayer d’étouffer ceux et celles dont la tête dépasse un peu. Pour son volet édition, elle était jusque là pour moi inexistante, mis à part dans le salon du livre d’Alger où l’agence bénéficie d’un énorme stand chargé de livre surtout arabophone à la gloire du FLN et de la guerre de libération. Ce livre là Pupille, n’était pas disponible, l’année dernière, à moins qu’il ne fut très bien caché.

Revenant à notre livre, et à notre cher et finalement bien talentueux Riadh Hadir (que je soupçonnais d’être fils ou neveu d’un directeur de l’ANEP) avant d’avoir lu le roman. Déjà, dès les premières pages, j’ai été vraiment surpris par la maitrise narrative. On sent très rapidement que l’auteur a  son doute noircit du papier, beaucoup écrit, mais aussi surement beaucoup lu. La construction de ses personnages est imperceptible et d’une grande efficacité, le style est fluide, et le monde dans lequel le livre est construit murement réfléchi, bien bâti, sur les ruines de notre civilisation actuelle, un monde post apocalyptique (car il s’agit là bien d’une dystopie) où l’on vit après une guerre totale et mondiale, une avancée technologique majeure, et une régression sociétale immense. L’hypocrisie est générale et généralisée, et l’intolérance de tout ce qui n’est pas dans les rangs est un dogme quasi religieux. Un monde où l’on produit de l’humain à la chaine, avec une pensée unique, et où toute diversité culturelle, cultuelle et intellectuelle est largement combattu par la société, et par quelques leviers (police des mœurs) de celle ci.

Petit bémol pour la fin, que je ne vais surement pas spoiler, ou divulgacher, mais bien que se voulant optimiste,(je rassure tout le monde ce n’est pas une fin neuneu), je l’ai trouvé un peu pauvre, manquant d’épaisseur et de consistance, surtout par rapport à tout le reste du livre, si riche. J’ai aimé certaines références culturelle, chargée d’humour, comme (Billal Ibn Rabah premier blues-man musulman, l’inconnue d’une équation en math, que seul Dieu connait… ). 🙂

Riadh Hadir

Des livres comme celui ci ont un  bienfait énorme, en plus du divertissement qu’il procure, celui de poser des questions, de mettre sur la table un sujet aussi épineux que la place de la foi, la religion ou plutôt de la religiosité, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, dans l’organisation de la vie et de la société. Que ce soit dans nos sociétés nord-africaines que dans les sociétés occidentales.  Large débat, hélas tabou de notre côté de la méditerranée

Pour cela je dis merci Riadh!!

Autre chose concernant l’éditeur ANEP, coup de gueule contre cette agence étatique, c’est l’absence totale de diffusion du livre. En général, les livres de cette éditeurs ne se vendent pas en librairie, je pense que le gros des ventes est grâce au bibliothèques municipale, régionale…, mais presque jamais en librairie. Je parle là biensur des petites villes d’Alger, où je ne me rends que rarement. Mes deux libraires à Annaba n’arrivent pas à le commander. L’un me répond que l’ANEP ne diffuse pas, l’autre que le numéro qu’il a réussit à avoir ne répond jamais. C’est quelque chose auquel je suis continuellement confronté, la disponibilité des livres dans les librairies algériennes répond plus au hasard qu’à un réseau professionnel du livre. C’est une honte.

Nos richesses de Kaouther Adimi


Auteure : Kaouther Adimi

Titre : Nos richesses

Édition: Barzakh Éditions pour l’Algérie (septembre 2017) 216 pages

Quatrième de couverture : Un soir, Ryad, 20 ans, étudiant à Paris, arrive à Alger; il se rend au 2 bis de la rue Hamani, ex-Charras, avec les clés des Vraies richesses, minuscule librairie délabrée : sa mission est de faire place nette. Il s’y attelle sans état d’âme, lui que les livres indiffèrent, mais c’est compter sans le vieux Abdallah, gardien du temple, qui va progressivement l’initier à la magie du lieu. Car Ryad ignore tout du passé de l’endroit –  poumon de la vie culturelle dans l’Alger colonial des années 30-40 -, animé par Edmond Charlot, libraire et éditeur passionné, proche de Jean Sénac et de Jean El Mouhoum Amrouche et qui, entre autres, révélera le jeune Albert Camus. Ce roman, où alternent le journal (fictif) d’Edmond Charlot et le quotidien d’une rue algéroise en 2017, explore intelligemment l’épineuse question de la transmission d’un héritage. Il y a d’ailleurs ce « nous » qui court tout le long du texte, telle la voix d’une conscience, celle d’une mémoire collective nous engageant, nous lecteurs, à transformer cette fiction en fragment de notre histoire…


Encore une fois, Kaouther Adimi prouve avec ce troisième texte son talent d’écrivain. Après Des ballerines de papicha et Des pierres dans ma poche dont l’inspiration semble personnelle, Kaouther Adimi nous gratifie d’un texte plus « littéraire » et qui la révèle enfin au grand public.

L’auteure à travers ce livre, nous rappelle l’existence d’une aventure littéraire algéroise, à l’époque de l’Algérie française diraient certains, ou comme dirait d’autres du temps du colonialisme. L’auteure ne rentre pas dans ce débat, et se limite aux côtés littéraires de l’histoire de cette époque, et évoque la personne d’Edmond Charlot, qui à l’âge précoce de 21 ans, fonde une librairie / bibliothèques / maison d’édition. Ce fut là le point de départ d’une aventure littéraire extraordinaire. On y croise Jean Amrouche, Albert Camus ….

Ce dernier personnage très controversé jusqu’à maintenant,  aussi bien en Algérie qu’en France, n’est pas abordé en profondeur dans ce roman, volonté de l’auteure par crainte qu’il ne phagocyte et centralise le débat et le roman. Le but de ce dernier étant de raconter l’histoire d’Edmond Charlot, et de son aventure littéraire, les déchirures et les difficultés causées par la guerre mondiale, et / ou la guerre des égos, entre auteurs et entourage d’Edmond Charlot.

L’auteure évoque aussi l’Algérie actuelle, et partiellement, sa situation culturelle à travers la confrontation entre deux personnages à Alger des années 2010. Et ce qui donne à la forme du roman une construction hétérogène.

Pour la période contemporaine, nous avons des chapitres racontant la mission de Ryad chargé de vendre ce qui restait de la dite librairie / bibliothèque, et Abdallah ancien « gardien du temple. » Et puis il y a une alternance de chapitres de la période coloniale et d’extrait d’un journal imaginaire de d’Edmond Charlot.

Le style y est toujours très beau et fluide, et le talent de Kaouther Adimi avéré. On sent la quantité et la qualité du travail effectué.

Le livre a eu un bon accueil et après sa nomination pour le Goncourt et le Renaudot, a fini par obtenir le Renaudot des Lycéens 2017.

Nouvelle parution : Ce que le mirage doit à l’oasis de Yasmina Khadra- illustrations de Lassaad Metoui


Ce mois a vu la parution du dernier livre De Yasmina Khadra cette fois ci chez Flammarion, son titre est Ce que le mirage doit à l’oasis.

Présentation de l’éditeur :

«Mon histoire avec le livre, le désert et les Hommes, c’est l’histoire d’un partage, l’histoire d’un amour vieux comme le monde, l’amour du rêve…»

Ainsi parle Yasmina Khadra qui entreprend de raconter le désert, comme il l’a connu dès son enfance, en Algérie. Dans cet exercice d’autofiction, le célèbre romancier emmène le lecteur dans l’immensité des lieux, si arides en apparence et pourtant si vivants, où la musique rythme la poésie et les mirages accouchent toujours d’oasis…

Paru le 08/11/2017 en France

Zabor ou Les psaumes de Kamel Daoud


Auteur : Kamel Daoud

Titre : Zabor ou Les psaumes

Édition : Barzakh éditions pour l’Algérie. (Août 2017) 332 pages.

Quatrième de couverture : « Dans un village reculé, entre désert et forêt, Zabor, orphelin d’une mère répudiée, rejeté par son père, vivant avec sa tante perdue dans ses rêves et un grand-père aphasique, se découvre le don prodigieux de pouvoir prolonger la vie des autres par le simple fait d’écrire. Ironie du sort, il est, un soir, appelé au chevet de son père mourant… Zabor ou les psaumes, fable autant que confession, est le roman de formation d’une âme torturée qui se livre sur sa découverte des puissances telluriques de la langue, de l’écriture et du corps, s’inventant une manière libre, radicale de défier la mort par l’imaginaire. dans un jeu subtil de mise en abîme permanent, Kamel Daoud nous promène et nous égare dans son panthéon littéraire où figurent aussi bien les livres sacrés- source d’une quête infinie- que les Mille et une nuits ou L’île au trésor. En écrivain-démiurge, il déploie avec grâce et lyrisme une poétique singulière, reposant in fine la plus ancienne des questions : « Peut-on sauver le monde par un livre? ».

Kamel Daoud revient après un Meursault, contre-enquête au succès international, Goncourt du premier roman en 2015, avec un conte initiatique, celui d’un personnage qui se fait appeler Zabor. Un personnage brimé, sensible, fragile, mis en quarantaine par sa famille, mais muni d’un don extraordinaire, celui de repousser la mort, grâce à l’écriture, et peut être pourrons nous dire, dans une certaine mesure, Aux Écritures. Cet adolescent de 30 ans n’est tant apprécié que ça dans son village, car il flirte allègrement avec le blasphème et le tabou que cela charrie, se complaît dans sa différence tout en en souffrant.

Kamel Daoud aborde les questions de la langue, de la culture, des cultures, de l’ampleur du sacré dans cette Algérie profonde post indépendance précoce, et à son image ce village d’Aboukir. La question de la sensualité est aussi abordée, les corps, d’abord celui du personnage lui même, puis celui métaphoriquement décapité de la voisine, cette femme taboue puisque divorcée, celui de sa tante Hadjer qui l’a materné, celui décharné de son père malade et mourant… Et puis il y a aussi la sensualité de la langue, ou des langues. Celle de l’auteur longuement travaillée, pétrie et sculptée, malgré peut être trop de longueurs tout au long du livre. Mais peut être est-ce intentionnel, car ce style dense et touffu, cette langue redondante sied bien à la forme du conte avec la métaphore sensuelle et poétique. Ce livre convient pour les mêmes raisons à la lecture à voix haute, pour ce qu’elle détient de musicalité et de poésie.

La question du livre en tant qu’objet, et de produit culturel, de la difficulté de s’en procurer est aussi soulignée. J’ai autant apprécié cette question que je vis personnellement cette frustration, et je partage ce que l’auteur évoque (pas dans le livre mais dans différentes interviews) comme le fétichisme de l’objet livresque. Pour ma part qui suis dans un petit village de l’Algérie profonde, à 700 km de la capitale Alger, je dois parcourir 100 km pour trouver une librairie, 300 km pour trouver une librairie avec à sa tête un vrai libraire. De ce côté je comprends parfaitement ce qu’évoque Kamel Daoud.

Je tiens à ajouter que Kamel Daoud, l’homme, rencontré à l’occasion du salon du livre d’Alger, est fort sympathique et souriant.