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La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela


Auteur : Camilo José Cela

Titre : La famille de Pascal Duarte

Edition : Point 1997

Quatrième de couverture : « Dans la prison de Badajoz, un condamné relate longuement sa vie et revient sur le sort funeste de sa femme, de ses enfants, de ses proches. A son contact, toutes les existences semblent s’être effritées – comme s’effrite la terre d’Espagne, tuée par le soleil,  » le vent mauvais et perfide « . Semblable aux héros des grandes tragédies classiques, Pascal Duarte est  » un modèle – un modèle qu’il ne faut pas imiter mais fuir ».

 

Souvent en littérature, les personnages sont tiraillés, blessés. Pascal Duarte ne déroge pas à la règle. Né dans un coin perdu de l’Espagne, à la frontière portugaise, Pascal Duarte semble sans relâche rattrapé par le mauvais sort. Une guigne tenace et récalcitrante qui le suit comme un ange gardien maléfique. Ses péripéties l’amène à être garroté, et pendant les derniers mois de sa vie, il rédige ses mémoires, où il essaie de se justifier mais avant tout recherche le pardon. Atteindra-t-il l’absolution ? Comment affrontera-t-il le moment ultime ? Il est bien préférable de lire le roman pour le savoir.

Ces mémoires sont adressés au meilleur ami de sa dernière victime, pour finalement atterrir entre les mains d’un « transcripteur » qui va y mettre de l’ordre, éclairant le lecteur et le guidant, et qui n’est autre que l’auteur.  Pascal Duarte y dépeint le paysage pastoral rude-doux mais surtout pauvre où il a grandi, entouré de femmes qu’il a aimées, haïes, puis tuées pour certaines, directement ou indirectement.  La lecture qui est fluide et très agréable, rappelle (comme le souligne Albert Bensoussan dans la présentation du livre) L’étranger d’Albert Camus (les deux romans sont parus la même année), notamment dans ce rapport pathologique que nouent Pascal Duarte et Meursault avec leurs mères respectives. Je conseille de lire la présentation après le roman, comme une sorte de postface. Cela vous permettra surement de mieux apprécier l’histoire.

Camilo José Cela a reçu le prix Nobel de littérature en 1989. Il est décédé en 2002.

Ce billet est réalisé dans le cadre du Challenge Tour du monde, organisé par Livresq.

Pays N°4 l’Espagne.

Prochaine escale : Cuba.

Stupeur et tremblement d’Amélie Nothomb


Auteur : Amélie Nothomb

Titre : Stupeur et tremblement

Edition : Le livre de poche 2001

Quatrième de couverture : Au début des années 90, la narratrice est embauchée par Yumimoto, une puissante firme japonaise. Elle va découvrir à ses dépens l’implacable rigueur de l’autorité d’entreprise, en même temps que les codes de conduite, incompréhensibles au profane, qui gouvernent la vie sociale au pays du Soleil levant. D’erreurs en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu’au rang de surveillante des toilettes, celui de l’humiliation dernière. Une course absurde vers l’abîme – image de la vie -, où l’humour percutant d’Amélie Nothomb fait mouche à chaque ligne. Entre le rire et l’angoisse, cette satire des nouveaux despotismes aux échos kafkaïens a conquis un immense public et valu à l’auteur d’Hygiène de l’assassin le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1999.

 

Certains écrivains à l’image de Nothomb m’ont souvent intrigué. Et l’image qu’elle entretient, avec son chapeau de sorcière et toutes les photos de ses couvertures, ajoute pas mal de mystère autours de sa personnalité. Chaque nouvelle parution est un évènement majeur surmédiatisé, et j’ai l’impression (et non une affirmation) que c’est surtout le nom qui fait publier et vendre, et non plus le talent. Et c’est aussi avec ce genre d’écrivains aussi que l’on peut avoir des déceptions, les livres se faisant parfois moins bons que les précédents.

Stupeur et tremblement est ma deuxième lecture d’Amélie Nothomb. Après un Acide sulfurique qui m’avait bien emballé, j’ai été un peu déçu par celui là. Stupeur et tremblement est l’histoire d’une jeune femme belge qui est embauchée au Japon, dans une puissante firme japonaise. Nothomb a abordé ici la question de la hiérarchie dans la culture japonaise, culture où l’on doit à ses supérieurs un tel respect qu’on les doit voir avec stupeur et tremblement. Le roman aurait pu d’ailleurs s’intituler respect et soumission.

La jeune narratrice, qui est belge, deviendra plus tard écrivaine, et porte le nom d’Amélie Nothomb. Se mettre en personnage est un exercice qui doit être somme toute amusant. Elle s’y est repris dans sa toute dernière parution Une forme de vie, ainsi que Michel Houellebecq aussi dans sa dernière parution La carte et le territoire.

 

Plaisant, sans plus, le roman est des fois à la limite de l’ennui. L’un des secrets du succès d’Amélie Nothomb est à mon avis le fait que ses textes constituent des lectures faciles et surtout plaisantes. Le texte est super court, il a la taille d’une longue nouvelle, et c’est compensé avec un caractère super gros (j’ai cru que c’était une édition spéciale malvoyant… non j’exagère un peu). On a l’impression qu’il n’a pas été écrit dans un but précis, mais juste parce qu’il fallait écrire quelque chose.

Je viens de voir que ça a été adapté au cinéma, je suis curieux de voir ce que ça a donné.

Ce billet est réalisé dans le cadre du Challenge tour du monde, organisé par Livresq.

Pays N°3 : Belgique

Lu également du même auteur, et commenté:

Acide sulfurique

Hindi Zahra – Wait in vain


Une magnifique version de la chason de Bob Marley reprise par la divine Hindi Zarha

L’attrape-coeur de J.D Salinger


Auteur : J.D Salinger

Titre: L’attrape-coeur

Date de parution : 1945. 1986 pour la traduction française.

Quatrième de couverture: Phénomène littéraire sans équivalent depuis les années 50, J. D. Salinger reste le plus mystérieux des écrivains contemporains, et son chef-d’oeuvre,  » L’attrape-coeurs « , roman de l’adolescence le plus lu du monde entier, est l’histoire d’une fugue, celle d’un garçon de la bourgeoisie new-yorkaise chassé de son collège trois jours avant Noël, qui n’ose pas rentrer chez lui et affronter ses parents. Trois jours de vagabondage et d’aventures cocasses, sordides ou émouvantes, d’incertitude et d’anxiété, à la recherche de soi-même et des autres. L’histoire éternelle d’un gosse perdu qui cherche des raisons de vivre dans un monde hostile et corrompu.

 

Je parie que ce n’est pas le livre préféré d’Eric Zemmour, tant le style de L’attrape-coeur est emberlificoté, et surtout loin de la littérature classique. Usant de mots simples, de manière répétitive parfois, frôlant la lourdeur par moment, mais s’en sortant superbement, toujours le bon mot pour bien conclure, sinon c’est l’intonation qui se laisse deviner.

J’ai adoré l’humour d’adolescent de Holden Caulfield , qui au début du roman a un bon sens de la répartie et de l’ironie, arrive presque à s’amuser. La manière dont il raconte l’effet des femmes sur lui, comment il l’avoue, avec ses mots simples, si simples que ça a l’air évident. Mais très vite il sombre dans la déprime, ses propos manquent petit à petit de cohérence. Il est excessif dans ses sentiments, passant très vite d’un sentiment de l’amour à la haine, bipolaire dans l’expression de son humeur. Pour moi Holden est une sorte de schtroumph grincheux à tendance dépressive. Sa jeune soeur Phoebé est l’un des personnages les plus important pour Holden. Elle est belle et mignonne et très intelligente. Elle comprend très vite la situation de son frère (que lui ignore un peu), et entre en complicité avec lui. Ce n’est qu’avec elle que Holden devient un peu lucide, et c’est là qu’il lui dit ce qu’il voudrait être plus tard. Un attrape-coeur. Un chef-d’oeuvre. A la fin de la lecture, j’ai eu la sensation de l’avoir lu trop vite.

Ce billet est réalisé dans le cadre du Challenge tour du monde, organisé par Livresq.

Pays N°02: USA

 

Bonne fête à tous, n’oublions pas les plus démunis


La malédiction de Rachid Mimouni


La malédiction de Rachid Mimouni

Stock, 1993. Cérès Edition pour la Tunisie, EDDIF pour le Maroc.

Alger est en état de siège, d’ « auto siège ». Prise en otage par ses propres rejetons, elle suffoque sous le gaz lacrymogène envoyé par l’armée sur les hordes d’islamistes insurrectionnels. La Malédiction raconte l’Algérie de la fin des années 80 et début 90. Et raconte aussi comment elle en est arrivée là. Cette Malédiction serait-elle un sort promis à l’Algérie, comme le pense Si Morice (un des personnages), un dommage collatéral de sa propre parturiente ? Le processus de libération de l’Algérie s’est avéré pire qu’une GHR aux complications désastreuses, une grosse à haut risque comme aurait pu le formuler Kader dans son jargon médical.

Kader est gynécologue dans un hôpital d’Alger. Il vient de rentrer de France où vivait son frère Hocine, porté aujourd’hui disparu. Avec son voisin Si Morice l’ancien combattant alcoolique, Saïd le camionneur, ils regardent, impuissants, passer le temps. Changer le monde ne fait guère de leurs projets.  Rabah est seulement de passage, il est déserteur de l’armée. C’est Saïd qui l’ai ramassé sur le chemin du retour qui ramené du sud. Il y a aussi Palsec que Si Morice aimerait bien adopter, et qui s’avère un compagnon très utile. Nacer, lui, est le bigot du groupe. On sent bien que c’est un gentil, mais on sent aussi sa sympathie pour cette « révolution ».

Il y a aussi des femmes. Des femmes belles, sensuelles, aguicheuses. Des femmes qui tentent de de se frayer un petit chemin vers l’émancipation. L’expérience algérienne se révèlera difficile. Nadia, fille d’émigré, ancienne vendeuse dans une librairie à Montpellier, et qui vécut une mésaventure pour avoir tenté sa chance en Algérie ; il y a aussi Leïla, la belle sœur de Kader, mais surtout Louisa, que Kader a rencontrée par hasard lors de sa virée parisienne, et que de petites informations sur lui ont permis de le localiser facilement à Alger. Louisa est née à Constantine, et a laissé derrière elle une réputation sulfureuse. Son unique tort était de vivre seule. Son père décédé, lui avait toujours tout permis, et oublié de lui apprendre « l’essentiel » : sauver les apparences. Sa spontanéité était synonyme de libertinage. Phallocratie oblige.  [Une fille comme moi, qui se maquille, fume, et se permet de temps à autre un verre de whisky, c’est clair, c’est une Fatma couche-toi-là. Le drame, c’est que les autres femmes pensent de même (page186)].

Louisa est à la recherche d’un amour qui pourrait lui permettre de panser ses blessures. Elle a trouvé Kader qui, lui, ne sait pas trop ce qu’il veut.

A noter, et c’est quelque chose que j’ai retrouvé chez beaucoup d’auteurs algériens, c’est l’imprécision scientifique (médicale surtout), dans la description de certains faits. Je donne l’exemple suivant page 196 [son taux de glycémie atteignit un niveau tel qu’elle en devint aveugle]. En médecine, les complications ophtalmologiques surviennent après plusieurs années de diabète déséquilibré. Ce n’est pas certainement une hyperglycémie quelle que soit son niveau qui sera responsable d’une cécité subite. Et la baisse de l’acuité visuelle survient progressivement jusqu’à la cécité. L’étudiant en médecine que je suis, diabétique de surcroit, est vite frappé par l’approximation.

Lire Rachid Mimouni est toujours un plaisir. Et le plaisir fut encore plus grand, car je n’avais pas connaissance de l’existence de ce dernier roman. Ce roman est l’ultime œuvre de Rachid Mimouni, disparu trop tôt et subitement en 1995. L’auteur de Tombeza, du Fleuve détourné et de La Ceinture de l’ogresse nous manquera toujours, avec sa vision lucide et son analyse pertinente de la situation sociale de l’Algérie, conséquence d’un pouvoir autocratique, boulimique de pouvoir et de rente pétrolière, et qui développe avec soin sa propension aux mauvaises décisions.

Ce billet est réalisé dans le cadre du Challenge tour du monde, organisé par Livresq.

Pays N°01 Algérie                

Lu également du même auteur et commenté:

La ceinture de l’ogresse.

Je suis noir et je n’aime pas le manioc de Gaston Kelman


Je suis noir et je n’aime pas le manioc de Gaston Kelman.

Max Milo éditions, 2003.

Ce livre est vraiment The book à lire. Divisé en plusieurs chapitres abordant chacun une problématique touchant les noirs. Préjugés, les erreurs décisionnelles concernant certains efforts employés pour leur intégration, Gaston Kelman qui se réclame bourguignon avant tout, apporte dans cet essai, une analyse extrêmement pertinente dans ce domaine. Mais, il s’agit avant tout d’un témoignage.

Kelman en veut –on le sent un peu- à beaucoup de gens. Mais ce qui est bien, c’est qu’il en veut seulement à des personnes actuelles. La Traite est une histoire qui fait désormais parti du passé. Cela ne veut pas dire qu’il faut l’oublier, non ! Mais, il suggère pour toutes les personnes de toutes les « races », blancs et noirs, de ne plus en être complexé. Du moins, c’est ce que j’ai ressenti.

Kelman, qui se dit donc Bourguignon, et non pas alsacien ou juif comme le pensent certain en lisant son nom, se veut dans cet essai, analyste dans les défauts d’intégration du noir dans la société française. Il met en exergue certaines erreurs décisionnelles concernant ce domaine, qui considère selon lui à tort ce problème comme social pur, alors que c’est un problème manifestement racial. Et de cette erreur de diagnostic découle un traitement ou des dispositions inappropriées.

L’image que donnent les télévisions française des pays africains ne contribue guère à l’amélioration de la chose, étant complètement fausse : « À propos d’images télévisées, j’en profite pour dire que j’ai toujours été étonné de voir que, même quand on parle d’un coup d’état à Abidjan, ville africaine assez moderne, les reportages de la télévision française ne montrent pas les palais présidentiels où se jouent les drames. Ils filment les quartiers pauvres, les marchés folkloriques et une foule exotique en diable. C’est comme si le jour de la mort du général de Gaulle ou du président Mitterrand, on avait présenté à la télévision ivoirienne, pour illustrer la France, le marché de Château-Rouge avec ses dealers, ses produits tropicaux avec et sa crasse ; le métro Barbès avec ses vendeurs à la sauvette ; ou une sortie de classes basanée et crépue aux Minguettes ; ou un innommable bidonville harki ; ou la sieste estivale des vieux Maghrébins du foyer Sonacotra des Tarterêts, assoupis sous les arbres environnants » Page 76.

L’auteur a truffé son témoignage de blagues, d’anecdotes personnellement vécues, ou vécues par d’autres personnes, de son entourage par exemple. Portant surtout sur des clichés du noir, il les égraine tout au long du livre, le ton oscillant entre un humour presque tendre et une indignation sèche et dure. Dans la page 120, il commence le chapitre intitulé Je suis noir et j’en ai une petite ainsi : « Dans un cours de médecine, le professeur demande à une étudiante :

–          Qu’est-ce qui chez l’homme, augmente sept fois de volume quand on l’excite ?

La jeune fille est rouge de confusion, et ne réussit pas à s’exprimer. Le professeur se  rend compte de son trouble.

–          Eh bien, mademoiselle, reprend-il, c’est l’iris de l’œil. Et pour ceux à quoi vous pensez, permettez-moi de vous mettre en garde. Vous risquez d’aller devant de grosses désillusions.

C’est pareil pour les noirs. Si l’on demande à une classe d’élèves infirmières blanches : « qu’est-ce qui est long et dur chez les noirs –notamment les camerounais- à Paris ? », nous savons que très peu répondront que ce sont les études. Pourtant, c’est réponse la plus juste. Et pour ce à quoi elles penseront, celles qui tenteront l’expérience pourraient être déçues. Ils ne font croire tout ce que l’on entend. »

Quelque chose qui m’a marqué aussi et soulevé ici, c’est le complexe qu’on certains, de désigner le noir, en face de lui, ou par lui-même, craignant froisser ou se froisser, ou utiliser un adjectif péjoratif.  Il en dit ceci page 104 : « Les hommes de la race dite noire sont des négroïdes. Leur véritable appellation devrait donc être nègre. Dans tous les cas, c’est l’appellation originelle. Cette appellation a été utilisé pendant des siècles jusqu’au lendemain de la Traite. Mais  après la traite, véritable crime et génocide contre l’Afrique noire, le mot Nègre est devenu péjoratif. Ainsi, désigner quelqu’un de Nègre était assimilé à une insulte. Nègre signifiait désormais esclave. Son usage est resté confiné aux milieux foncièrement racistes et aux cercles artistiques et littéraires. » Et ajoute plus loin : « un jour, on n’aura plus le droit d’appeler un chat, un chat » Page 164

Amusant, instructif, ce livre devrait être un classique de la sociologie de l’intégration. C’est un classique.